jeudi 21 juin 2007
Au nom du vidéo, de la musique et des numéros
La chaleur du désert ne m’a pas rendu religieux - elle ne m’a tout simplement pas rendu moins curieux! À l’invitation de deux amies latino-américaines, j’ai fait ce que font encore beaucoup (trop?) d’Américains le dimanche. Je suis allé à la messe. Une grand’messe à la Falwell, toute aussi fascinante que fascisante, aurait été divertissante. Mais j’ai choisi de me limiter aux drogues douces.
Me voilà donc dans l’église du Newman Center, la grande organisation de pastorale catholique universitaire. Première constatation: la moyenne d’âge est dans la vingtaine! Logique pour une église universitaire, mais ô combien rare. De quoi rendre jaloux les fidèles grisonnants de l’église où j’allais comme louveteau.
Nonobstant Vatican II, les messes catholiques ne sont que de lointaines cousines d’un pays à l’autre. À l’église St. Thomas More, on sentait une forte influence de la Contre-Contre-Réforme, le protestantisme made in the USA. Des petites choses, mais que l’on ne verrait jamais au Mexique, en France ou au Québec. Des numéros affichés pour les cantiques. Se tenir par la main pendant un long moment de la cérémonie. Un orchestre ayant le sens du rythme. Est-ce que cela permet d’être prédestiné au paradis, dans la grande tradition calviniste? À vous d’en juger.
Le clou de la messe: le sermon. Banal, comme observation? Pas quand le sermon est un infomercial, starring the Bishop of Tucson. Vous l’aurez deviné, ite missa est a été remplacé par « My name is Father Rolland, and I approved this video »!
Fini l’âge de pierre de l’annonce dans le bulletin paroissial. L’Église a besoin d’argent pour ses oeuvres et suggère la dime volontaire. Mais s’il y a une obligation morale et que les indulgences n’existent plus, ne s’agit-il pas de taxation without representation?
The USA and religion, two great mysteries, two great paradoxes.
- Chandos
mercredi 30 mai 2007
Brillant... comme une opale
Un cliché, s’il en est un: les États-Unis sont le pays où tout est possible, tant que les billets verts sont au rendez-vous. Le plus gros morceau de cheese cake, le terrain de golf en plein désert, la quinzième chirurgie esthétique... et le plus gros salon de vente de pierres précieuses in the world.
J’ai profité d’un samedi après-midi pour aller dans le quartier habituellement assoupi du centre des congrès. Pour une fois, ce n’était pas l’heure de la siesta! Mon vélo m’a protégé des embouteillages et des stationnements aussi énormes que remplis. Et j’avais aussi la chance de ne pas faire partie des infortunés touristes n’ayant pas réservé une chambre d’hôtel un an à l’avance... Mon billet d’entrée au Tucson Gem & Mineral Show acheté, je suis rentré dans la caverne d’Ali Baba - en espérant ne pas y trouver de voleurs!
J’ai rapidement été envoûté par l’endroit, ou plutôt par les centaines d’exposants, dont j’ai tout aussi rapidement perdu le compte. Venu des quatre coins du monde, les exposants étalaient assez de marchandise pour faire rougir (verdir? bleuir?) les familles royales européennes et les grands musées américains.
Sans expertise, budget ou désir de payer des droits de douanes à mon retour au Canada, je me suis limité à quelques menus achats, dont d’originales assiettes en pierre fossilifère en provenance du Maroc. Ça n’a pas empêché mes yeux de voir beaucoup plus grand que mon portefeuille. Le thème de l’année était l’opale, le joyau multicolore du continent australien. La sélection valait celle des grandes boutiques de Sydney, les prix aussi.
Si brillantes soient elles, les opales manquent de forme. Au mieux, il s’agit de carpaccio de pierre précieuse à monter sur un collier. À l’exception de quelques pièces de musée, on peut dire la même chose des diamants, émeraudes, saphirs et rubis. L’Américain temporaire en moi voulait voir quelque chose de plus spectaculaire, the biggest, the best.
Mes prières ont été particulièrement efficaces, peut-être grâce à tous les preachers du coin. Du côté des pierres semi-précieuses, les étalages attiraient tant le chaland que l’acheteur sérieux avec du bling bling de géologue. Vous avez bien lu. Jamais je n’avais vu de veines d’améthyste plus grandes que moi! Sans parler des cristaux gros comme mon avant-bras... Éblouis par leur marchandise ou capitalistes sans ménagement, les vendeurs n’hésitaient pas à proposer d’énormes pièces pour des montants dans les six chiffres. Je préfère ne pas imaginer ce qu’il faudrait dépenser pour construire un salon accueillant une fontaine minérale de 50 000 dollars!
À défauts d’avoir de l’argent plein les poches, je suis sorti avec des cailloux plein les yeux.
Sometimes glass glitters more than diamonds because it has more to prove.
- Terry Pratchett, fantasy author
dimanche 22 avril 2007
We Are Rogers
At first glance, all law schools I’ve attended are alike. McGill, Toronto and Arizona each have their neo-brutalist building, their sprawling library and their overworked coffee machines. But bricks, books and (bad) coffee are not what law schools are about. Really. It’s all about the people, you see. Of the people, by the people, for the people...
After having described Tucsonans in general in a previous post, here is a description of Rogers sub-species. Even if I’m a gumshoe sociologist, I can provide a good explanation for the name of this rare (but sometimes dangerous) breed: James E. Rogers (a graduate of the class of ‘62) gave 15 million dollars to the College of Law. Which brings me to my first topic: money. Unsurprisingly, most students have an affluent background. Try working on minimum wage and paying $8,000 to $12,000 a year just in tuition! In fairness, this is no different than other law schools I’ve studied in, and tuition here is relatively low by US standards.
After the wallet come the faces (even my lawyer-self tells me this order is wrong). Visually, the College is rather diverse: whites, natives, various asian groups, etc. Only blacks are conspicuously almost entirely absent. Beyond a face, culture lurks in all homo rogersensis. Perhaps surprisingly, perhaps not, culture is much more homogenous than faces would suggest. A part from a few Puerto Rican exchange students and the dozen or so graduate students, I’ve met no one who grew up outside the US and only a handful that speak any other language than English. Perhaps Tucson is not that attractive to first generation immigrants...
The politics of most students are predictable. Compared to Arizona’s Goldwater-esque backdrop, students at Rogers are nothing less than far-left freaks. Which makes McGill students stalino-maoists... From a more objective point of view, most are part of a group the French have named so well: the caviar left.
Another characteristic that simply cannot be overlooked is exactly that, look. Compared to other law schools I have attended, Rogers is by far the most conservative. Few worn-out jeans. No provocative t-shirts. Too many long skirts and buttoned-down shirts. For many, it seems, anytime is interview time...
Last but not least, weltanschauung. Students at Rogers are honest, smart and hard-working, but overly obsessed about their future. Count me in.
Je voudrais bien savoir où est l'école où l’on apprend à sentir.
- Denis Diderot
dimanche 8 avril 2007
Le spectacle est où???
Il aurait été plus facile pour moi d’entrer dans une église, une mosquée, un centre nouvel âge ou un complexe d’allées de quilles. Certaines religions sont en perte de vitesse, mais pas celle du slam dunk. En gros, les adeptes ont deux choix. Il est possible de faire sa confirmation sans attendre: acheter un billet de saison à un prix ne défiant pas la concurrence... puisqu’il n’y a pas d’équipe de sport professionnelle à Tucson. La seule autre option: se conformer aux 287 commandements de leur site Internet et espérer qu’il reste des places 3 ou 4 jours avant le match, seul moment où les goys ont le droit d’en acheter.
Comme la session d’hiver correspond à la fin de la saison, aucun intérêt d’acheter un billet de saison. J’ai donc rameuté quelques amis et attendu la date fatidique, quatre jours avant la partie UA - University of Washington. Comble de chance, le grand manitou contrôlant le site des Wildcats m’a permis d’acheter des places. Mais le choix était limité: general seating ou... general seating. Le seul avantage de ces places, a priori, était leur prix plutôt bas.
Le Jour-J à l’Heure-H, je me présente à la grand-messe. Le stade de 12 000 places est presque plein. À ma grande surprise, la place que je trouve est plutôt bien située: à mi-hauteur, derrière un des paniers. Et le spectacle commence bien avant la partie. Les cheerleaders remplacent avantageusement les enfants de cœur. On apprécie aussi le fait de pouvoir manger des aliments encore pires qu’une hostie dans un bâtiment religieux. Quant à Wilbur et Wilma, ils ont nettement plus d’énergie qu’un bonze!
Je me rends vite compte que le vrai spectacle est dans la foule, juste devant moi. Et c’est là que ma place gagne soudainement en valeur. La section devant la mienne s’appelle la Zona Zoo. Comme le nom l’indique, on offre des billets bon marchés pour de bonnes places à des étudiants pour qu’ils... transforment l’endroit en zoo. Avec le gros orchestre situé dans la section, les chansons, les invectives se suivirent, sans parler des gestes non recommandés aux enfants. Sans parler de la pratique de tourner le dos au terrain lors de l’entrée de l’équipe adverse, ou de celle de rester debout toute la partie!
Certes, il y a aussi eu la partie de, euh... ah oui, de basketball. Les Wildcats ont gagné sans problème. Mais le vrai spectacle était ailleurs, dans la foi indisciplinée des parfaits.
A casual stroll through the lunatic asylum shows that faith does not prove anything.
- Friedrich Nietzsche
mercredi 21 mars 2007
Je l’ai vu à la télé
Autre pays, autre mœurs! Ici, je vis essentiellement seul. Mes colocataires ont tous des horaires différents, donc nous passons peu de temps ensemble quotidiennement. Pour la première fois de ma vie, je mange la grande majorité de mes repas seuls. Pas de réfectoire comme quand j’étais en résidence à l’Université de Toronto... Et, comme le dit une des collègues mexicaines, manger seul, c’est ennuyant! Pour briser la monotonie des coupons de pizzeria qui parsèment notre frigo et du plancher blanc-qui-n’est-plus-trop-blanc, rien de plus facile que le meilleur ami de l’homme: la télévision. D’une demi-heure par semaine, je suis passé à 2-3 heures par jour.
Jamais de ma vie avais-je regardé autant de télévision. Le canado-français que je suis se dit: Chouette, je vais pouvoir regarder TV5, BBC World, RDI et LCI... ou pas! Les chaînes de « nouvelles » ici sont sensationnalistes, nombrilistes et pleins d’autres mots qui finissent en -iste! CNN est parfois intéressant mais a le défaut de ne presque jamais faire de sommaire, préférant se concentrer sur des sujets d’une pertinence incroyable. Aujourd’hui: Boy scout lost in North Carolina wilderness. Il a été retrouvé - tant mieux pour lui, mais, honnêtement, on s’en fout! Il y a aussi les chaînes locales, dont les nouvelles sont utiles pour la météo et pour savoir à quelle intersection il y a eu un accident de tricycle... mais pas grand chose de plus. Quant à Fox, c’est une bande de ... (mot commençant par f et finissant en -iste).
Faute de nouvelles, il faut que je me rabatte sur autre chose. Les sitcoms avec des publicités vantant la dernière pilule pour le cholestérol toutes les cinq minutes, très peu pour moi... Les chaînes sportives ou style télé-achats, encore pire. Bref, je passe une bonne partie de mon temps devant le petit (14 pouces) écran à regarder des documentaires sur le History Channel. C’est parfois instructif, parfois de la révision et parfois déplaisant. Essayez, vous, de manger votre hamburger ou votre taboulé en regardant des images des kurdes gazés par Saddam Hussein!
Quand le poids de l’histoire est trop grand, un coup sur la télécommande et c’est l’autre poste que je regarde beaucoup, le Discovery Channel. La chaîne est un drôle de mélange de science, de télé-réalité, de sports extrêmes et de bouffonnerie. Du détail de la fabrication d’un disque vinyle au touriste perdu dans la jungle bolivienne pendant un mois et au fou qui fait du base jumping au Grand Canyon en plongeant dans l’abîme au volant d’une moto, je l’ai vu à la télé! Saviez-vous qu’avec de l’oxyde d’azote comme comburant et un salami italien pelé comme carburant (vous avez bien lu), c’est possible de propulser une fusée à plus de 200 mètres dans les airs? C’est une des très nombreuses choses que j’ai appris à l’émission Mythbusters. Certainement loufoque et tout aussi inutile, mais au moins, avec ce que je regarde, je pourrais accomplir la prédiction du livre souvenir de ma dernière année de lycée: Will make Jeopardy go bankrupt.
Fernsehen macht frei.
- Chandos
mercredi 7 mars 2007
Of Politics and Men
Aspiring politicians beware: unending campaigning seems matched by everlasting indifference. Some people are interested and dedicated. Others stay informed. Most, well, worry more about their weight than who the next group in Washington, DC or Phoenix will be. Actually, my non-scientific study of American television shows that about as much time is devoted to weight-loss products as to political issues of the day... Since CNN uses the slogan CNN = Politics, I suggest that they start using the equally appropriate CNN = Slimfast.
In the land of the biggest SUVs, malls and hotdogs on earth, only the biggest stories get attention. So, you want to know what the county or state government are doing? Perhaps you will find this buried in a local newspaper (Tucson Citizen, anyone?), but good luck hearing about it on television, even when it’s time for local news - after all, tear-jerking car accidents are much better for ratings. This super-hero syndrome of the media affects what most people see of politics: soldiers dying in Iraq (endless coverage on Fox guaranteed), a White House underling convicted for lying to a federal grand jury and, of course, the sex-scandal-of-the-week.
Fortunately, not all is rotten in the Kingdom of Vote-For-Me. Occasionally, politicians step down from their spin-doctored press conferences for live debates. This was popularized by CNN’s show Crossfire and is now fairly common on many channels. The last debate I saw was John McCain vs. Ted Kennedy - both of which have been around for so long that they are bound to know the issues!
What are the leanings of Arizona, you may ask. In typical American fashion, the state votes for Republican presidents but has a Democrat governor. Contradiction or pragmatism? I’ll let you make up your mind. Also, this state has been shaped by a direct democracy ideal. So, if you have always dreamed of electing an underwear seam inspector, you know where to move!
La politique, c'est comme l'andouillette. Ca doit sentir un peu la merde, mais pas trop.
jeudi 1 mars 2007
Par demande populaire
Sachez que le climat du désert de la Sonora et donc du sud de l’Arizona est plutôt agréable, surtout quand on le compare à celui du reste de l’hémisphère nord en cette saison. Il pleut très peu - environ une fois tous les 10 jours selon mes calculs pas du tout scientifiques. En six semaines, je n’ai vraiment été mouillé par la pluie qu’une seule fois. Cette fois-là, les lignes de Weight Watchers ont été engorgées par des cactus ne pouvant plus supporter leur image! Si vous cherchez de l’eau de surface à Tucson, vous allez vous retrouver dans une piscine ou une fontaine. Il y a une brève mousson qui cause des inondations, mais ce ne sera pas avant cinq ou six mois...
Quant à la température proprement dite, il ne fait pas aussi chaud que le veut la légende. Depuis mon arrivée, je n’ai vraiment eu chaud qu’en allant faire une randonnée de montagne en plein soleil. Comme nous sommes dans un désert, la principale source de chaleur est cette bombe atomique aussi connue sous le nom de soleil. Le jour, la température monte jusqu’à 20-22 degrés. La nuit, elle tombe souvent sous 10 degrés. Oubliez votre parka, un chandail est largement suffisant...
N’ayez crainte, au milieu de cette mi-saison indescriptible, nous avons eu un hiver! Si, si, un hiver à une heure de la frontière mexicaine. Un soir, il a neigé - environ 5 centimètres - et la neige a tenu jusqu’au lendemain midi. Aussi, un matin de janvier, les flaques d’eau étaient gelées. Parole de tucsonais, conduisons plus nos VUS pour accélérer le réchauffement de la planète!
If you can't stand the heat, get out of the kitchen.
- Harry S. Truman